« Vie et passion d’un gastronome chinois » de Wenfu Lu – A ne pas lire pendant un régime !

Je sors carrément de ma zone de confort de lecture ! Grâce à Alice PumpkinBean, j’ai découvert les éditions Picquier, spécialisées dans la littérature orientale, surtout asiatique. Tandis que je farfouillais à la Fnac, je suis tombée sur ce petit livre dont le titre m’a tout de suite séduite ! Je vous parle aujourd’hui de « Vie et Passion d’un gastronome chinois », de Wenfu Lu.

"Vie et passion d'un gastronome" chinois de LU WenfuLa journée commence bien. Invité à partager le petit déjeuner de Zhu Ziye, laissez-vous réchauffer par un bol de nouilles al dente, avec des crevettes sautées en accompagnement. Que diriez-vous d’un plat de rouleaux de poisson aux œufs de crevettes, à moins que vous ne préfériez une assiette d’oie braisée au marc de vin. Et si vous goûtiez plutôt ces tendres cœurs de légumes aux miettes de crabe ou ce jarret de porc confit au sucre glacé et ambré ?
Ce sont quarante années de vie chinoise autour de la table qui sont évoquées ici, témoignant de la survie des traditions culinaires envers et contre toutes les turbulences des dernières décennies en Chine.

 

Mon avis

Au moment où je vous écris ces lignes, je sors de table. Et rien qu’en relisant la quatrième de couverture, j’ai de nouveau faim.

L’Asie est une partie du monde qui m’a toujours fascinée. Beaucoup d’entre nous ne connaissent la cuisine chinoise qu’à travers ce qui nous est servi dans les restaurants situés en Occident. C’est un peu réducteur n’est-ce pas ? Il est certain que la gastronomie chinoise, c’est plus qu’un plat de nouilles sautées et une paire de nems frits !

Alors, lorsque je suis tombée sur ce titre, je me suis dit : « Mais pourquoi pas ! ». Je ne pars pas à l’étranger cette année, et mon esprit ayant un grand besoin de s’évader, j’attendais beaucoup de ce livre sur le plan dépaysement

Bien joué, livre, tu as rempli ta mission !

Nous allons suivre la vie de Gao Xiaoting, un jeune garçon habitant avec sa mère, tous deux logés et nourris par un chinois aisé ayant proliféré dans l’immobilier : Zhu Ziye. Et Zhu Ziye a une passion dans la vie : la nourriture. Mais attention, pas n’importe laquelle. Ses papilles sont difficiles.

Mais Gao est dégoûté par la cuisine. Dans cette Chine sur le point d’exploser, au début de l’ère maoïste, manger est synonyme de goinfrerie, et Gao est le plus fervent révolutionnaire communiste que vous puissiez imaginer. Mais jusqu’à l’âge adulte, et parce qu’il lui paie ses études à l’université, Gao va devoir se mettre au service de Zhu, qui le répugne tant.

Nous allons plonger dans cette Chine si différente des paysages occidentaux que nous connaissons, dans une autre époque, et vivre au sein du peuple chinois. Lisez ces lignes et vous aurez l’impression de sentir la soupe de nouilles couler dans votre gorge, l’odeur de plats de viande si raffinés vous chatouillera les narines, et vous n’aurez qu’une envie : vous procurer des baguettes et les plonger à travers les mots dans l’espoir d’attraper ne serait-ce qu’une bouchée de ces mets succulents

Car, en Chine, et surtout à Suzhou, la nourriture est poésie.

Le thé devait, selon eux, se goûter au milieu des fleurs sous la lune ; les alcools devaient être sirotés accoudé à une balustrade au bord d’un ruisseau.

 

Pourquoi le serveur ne venait-il pas immédiatement ? Parce qu’il attendait que le client ait précisé : nouilles al dente ou bien cuites, natures ou avec bouillon ; vertes ou blanches (avec ou sans ciboule) ; riches (bien grasses) ou légères (sans graisse) ; sauce longue (avec plus de sauce que de nouilles) ou sauce courte (avec plus de nouilles que de sauce) ; nouilles sur l’autre rive : la sauce, au lieu d’être versée sur les nouilles, est présentée sur une assiette et l’on doit « faire le pont » entre le bol et l’assiette. Quand c’était Zhu Ziye qui arrivait dans le restaurant, on entendait le serveur prendre son souffle et lancer : « Voilà, je viens ! Un bol de crevettes sautées en accompagnement, nouilles sur l’autre rive, beaucoup de bouillon, vertes, sauce longue, al dente.

Ces 190 pages vont raconter l’évolution de la cuisine au sein de la révolution communiste et le rapport du peuple chinois à la nourriture et aux restaurants. C’est plus qu’une étude culinaire qu’on nous offre ici, c’est une étude de société.

Gao est un révolutionnaire qui croit dur comme fer au communisme et à l’égalité de tous. La classe ouvrière n’a plus lieu d’être, et la simplicité de vie devient mot d’ordre. Mais qui dit simplicité de vie dit disparition du luxe, donc des restaurants, et donc des plats si délicats et raffinés qui faisaient la renommée de Suzhou, cette petite ville à l’ouest de Shanghai qui sert de décor au livre.

Le style du restaurant devait changer aussi, pour que les ouvriers et les paysans n’hésitent plus à entrer. Il fallait ouvrir. Simplifier. A quoi bon les salons particuliers ? Les honnêtes travailleurs pouvaient bien manger en plein jour. Seuls ceux qui se nourrissent du sang des autres on besoin de se cacher.

Le luxe devient synonyme de honte.

Mais sans gastronomie, Zhu Ziye n’a plus goût à rien. Quel intérêt a la vie sans paillettes pour les papilles ? Il va donc se lancer dans la recherche de nouveaux horizons culinaires, et nous allons suivre avec lui ses découvertes.

Si vous voulez voyager, découvrir les dessous de la gastronomie chinoise que nous connaissons si peu, et qu’un semblant d’étude sociétale ne vous dérange pas, voire même vous intéresse, je vous conseille cette trouvaille !

Ma note Livraddict : 17/20

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2 réflexions sur “« Vie et passion d’un gastronome chinois » de Wenfu Lu – A ne pas lire pendant un régime !

  1. Oh lala! Ça fait longtemps que je ne me suis pas penchée sur la littérature asiatique, mais avec un blog SFFF, il faut revoir ses priorités. En effet, le récit que tu nous présentes a l’air tout à fait extraordinaire! 🙂 Dans ce côté gastronomie asiatique, si tu ne connais pas, je te conseille le film « Salé, sucré » d’Ang Lee qui transpose un récit d’inspiration austenienne dans le Taïwan des années 1990: on y suit les destins de trois jeunes femmes dont le père est un grand chef cuisinier qui perd le goût. C’est un très joli film où ce père si peu enclin à montrer ses sentiments s’exprime par la nourriture…
    Et sur le ton de la comédie, « Le Festin chinois » de Tsui Hark est très drôle aussi: il raconte l’histoire d’un garçon pas très talentueux qui décide de se lancer dans la cuisine. Employé dans un restaurant de Honk Kong, il n’est pas très doué… Mais bientôt le chef de son restaurant est défié de participer au concours du Festin chinois, une sorte de reconstitution de repas anciens fastueux. Chiu et la fille de son chef se font alors un devoir de retrouver un ancien chef qui a mis fin à sa carrière et qui a sombré dans l’alcool, et lui font suivre une thérapie de choc pour que celui-ci les aide à gagner le concours.

    Ce sont également des films qui te mettront l’eau à la bouche! En attendant, dès que ma PAL SFFF aura diminué et que je pourrai me remettre à d’autres genres, je pense que ta « Vie et passion d’un gastronome chinois » me ferait bien plaisir à lire! Surtout que la période historique est passionnante! 🙂 Bonne journée!

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ces conseils ! Je vais me renseigner sur ces titres 🙂
      Je suis contente que ma critique t’ait plu, et j’espère que tu trouveras ton compte dans cette lecture !!! 🙂
      Désormais, je ne vois plus la gastronomie chinoise de la même manière ^^

      Aimé par 1 personne

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