« Dans les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson – Quand la Taïga vous prend aux tripes

Premier coup de coeur de cette année 2017, et il ne m’a fallu que 50 pages pour le savoir. Je n’attendais rien de particulier de ce livre, bien au contraire, je le redoutais un petit peu.

Je l’ai ouvert sans attentes dans mon train, tandis que je me rendais au travail, il y a à peine une semaine. Arrivée devant mon ordinateur, impossible de me concentrer. Je n’avais qu’une idée en tête : reprendre ma lecture. Laisser Sylvain Tesson m’emporter à nouveau avec lui dans la poche de sa parka, laisser mon esprit dériver, porté par le vent au dessus du lac Baïkal. Eh oui, tout cela en une cinquantaine de pages, seulement.

Aujourd’hui, pas de résumé, car ce livre ne se lit pas, il se vit. Aujourd’hui je ne vous propose pas une lecture, mais un voyage.

Lors d’un court séjour près du lac Baïkal, Sylvain Tesson décide qu’un jour, il reviendra y vivre en ermite pendant plusieurs mois. Équipé de sa parka, d’une soixantaine de livres, de dizaines de caisses de vodka, de pâtes, de Tabasco et de lignes de pèche, il se réfugie dans une petite cabane en bois de quelques mètres carrés, un cocon dans lequel il s’isolera pour six mois, de février à juillet 2010. Pas de voisins ni de villes à moins de cinq jours de marche, pas de pollution, rien que le lac, la glace, le vent, les pins, la neige, la nature et… le silence.

Son but ? Vivre avec lenteur, simplicité, se retrouver, méditer sur le bonheur, le temps. Et il y est arrivé, oh oui. Tant et si bien que vous n’aurez qu’une envie une fois votre lecture achevée, tenter l’aventure à votre tour.

Je crois qu’il n’y a rien de plus ressourçant, de plus vrai que de se retrouver avec soi même. Oublier les futilités de notre monde d’aujourd’hui, et rencontrer notre nature profonde. Non non, ne quittez pas l’article tout de suite, je vous promets de ne pas vous bassiner avec des pensées philosophiques barbantes. Croyez moi, la philosophie n’est pas dans ma nature et même si je trouve certains sujets à débattre assez intéressants, ce n’est pas du tout ce que je recherche dans un livre.

Mais ici, allez savoir si c’est parce que je l’ai lu à un stade où je me questionne beaucoup sur mon rapport aux gens, mon rapport à moi-même ou le sens de la vie en règle générale, mais j’ai savouré ce petit chef d’oeuvre comme on savoure son entrée dans un bain brûlant après une longue marche dans le vent glacial (oui, je suis complètement dans le thème !).

Chaque page tournée est une bourrasque glacée et pure qui vous rosira les joues, vous ramonera les poumons et vous fera fermer les yeux de quiétude. Oui, je pense que ceci est le maître mot de ce récit : quiétude.

Comme dit Sylvain Tesson : « Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à l’existence. Et si la liberté consistait à posséder le temps ? ».

Je suis une vraie citadine. Si je raffole profiter de mon Ardèche profonde de temps en temps, j’ai besoin de mon confort, de ma connexion internet, de YouTube, de vous, et je suis une vraie cruche dès qu’il s’agit de me débrouiller dans la nature. Mais lorsque vous accompagnez Sylvain Tesson dans la Taïga, vous vous sentez pousser des ailes (ou plutôt des raquettes à neige). Vous vous dites que non seulement vous pouvez le faire, mais que c’est surtout un must do, une étape de votre vie. Je ne sais pas si j’en aurai jamais le courage, mais ce genre d’isolement, ce retour aux sources, ce rapprochement à la nature, le récit qu’en fait l’auteur est imprégné de vérité qui vous fera vous taper le front en marmonnant : « Bon sang… Mais oui… Il a raison ».

Pas de fioritures, pas de débats sans sens malgré beaucoup de références littéraires et philosophiques « classiques », Sylvain Tesson reste très terre à terre, et vous permet une identification et une immersion totales. Un hymne à la nature, aux animaux, au respect de la planète, à l’écologie. Dieu qu’il est bon de lire les pensées de telles personnes, de voir qu’il existe encore des gens conscients de ce que nous devons à la Terre.

J’aurais pu terminer ce livre en deux jours. Pour la première fois en plus d’un an, je me suis dit « Non… Ce livre ne se lit pas n’importe où, ni n’importe comment. Il faut un cadre, une situation pour en tirer tout son sens, tout son côté feel good«  et c’est ce que j’ai fait. J’ai pris mon bon gros pavé de fantasy pour les transports, et ai savouré la fin de cette petite pépite ce week-end, sous ma couette, au calme, avec mes deux chats et mon thé tandis qu’il pleuvait à verse. Et là, vous ne pourrez pas rêver meilleur cadre pour vous échapper.

Le froid, le silence et la solitude sont des états qui se négocieront demain plus chers que de l’or. Sur une Terre surpeuplée, surchauffée, bruyante, une cabane forestière est l’eldorado. A mille cinq cents kilomètres au sud, vibre la Chine. Un milliard et demi d’êtres humains s’apprêtent à y manquer d’eau, de bois, d’espace. Vivre dans les futaies au bord de la plus grande réserve d’eau douce du monde est un luxe. Un jour, les pétroliers saoudiens, les nouveaux riches indiens et les businessmen russes qui traînent leur ennui dans les lobbys en marbre des palaces le comprendront. Il sera temps alors de monter un peu plus en latitude et de gagner la toundra. Le bonheur se situera au delà du 60e parallèle Nord.

Pour me refroidir le sang, je dors sur le lac […]. Je marche deux kilomètres vers la Bourriatie et m’allonge sur la glace. Je suis couché sur un fossile liquide vieux de vingt-cinq millions d’années. Dans le ciel, des étoiles en accusent cent fois plus. Moi, j’ai trente-sept ans et je rentre à la cabane parce qu’il fait -34°C.

Quand je pense à ce qu’il me fallait déployer d’activité, de rencontres, de lectures et de visites pour venir à bout d’une journée parisienne […]. La vie de cabane est peut-être une régression. Mais s’il y avait progrès dans cette régression ?

« Un jour, des oies se sont posées chez moi, près du lac, et ont niché dans mon canot. Des chasseurs sont arrivés et voulaient les flinguer. Je me suis interposé et je leur ai dit : essayez seulement et je vous écrase mon poing dans la gueule. Je n’aime pas qu’on tire sur les oiseaux qui dorment dans mon bateau. L’année dernière, j’ai trouvé un bébé phoque échoué sur les cailloux de la grève, je l’ai nourri tout l’été. » J’imagine Oleg avec ses pognes de brute donnant le biberon au petit animal. Tout à l’heure quand la moto s’est approchée, j’ai pensé : « Pourvu que ce salaud qui déchire mon silence passe son chemin ». A présent, nous sommes deux frères et nous faisons un sort à cette bouteille.

J’espère vraiment vous avoir donné envie de vivre cette lecture, de remonter le passé et de partir en Sibérie avec Sylvain Tesson, de vivre ce poème. Une chose est sûre, ses autres livres sont à présent dans ma PAL, ou plutôt dans ma PAV : Pile à Vivre.

Pour vivre l’aventure, commencez par l’ajouter à votre wishlist Livraddict en cliquant sur l’image ci-dessous ! 🙂

Livraddict

Ma note : 20/20

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8 réflexions sur “« Dans les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson – Quand la Taïga vous prend aux tripes

  1. Ce roman a été un coup de cœur ou plaisant pour beaucoup de personnes, bizarrement avec moi le charme n’a pas opéré… J’ai essayé de le lire en février de l’année dernière et je n’ai pas réussi. Malgré quelques belles tournures de phrases, chaque fois que je l’ouvrais je piquais du nez au bout d’un paragraphe. Du coup je l’ai abandonné :/
    Ce n’était peut-être pas la bonne période, je retenterai peut-être l’expérience un jour! Pour l’instant je n’en ai pas du tout envie.

    Aimé par 1 personne

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