« L’instant précis où les destins s’entremêlent » de Angélique Barbérat – L’hymne à l’espoir floué

A la fin de mon immense coup de foudre au milieu des forêts de Sibérie avec Sylvain Tesson, je voulais me tourner vers une lecture contemporaine. J’avais reçu quelques semaines auparavant mes achats Michel Lafon, effectués lors d’une de leurs ventes privées, et j’ai donc pris dans ma bibliothèque « L’instant précis où les destins s’entremêlent » de Angélique Barbérat.

Bonne expérience… Oui et non.

"L'instant précis où les destins s'entremêlent" de Angélique Barbérat« L’instant précis où les destins s’entremêlent » de Angélique Barbérat

Une tache rouge sur l’oreiller, juste sous les cheveux de sa maman, morte sous les coups de son mari. Voilà ce que le petit garçon a vu, à cinq ans… Pour survivre, Kyle se jette à cœur perdu dans la musique, que sa mère aimait tant. Vingt ans après, devenu leader d’un groupe de rock, il est célèbre dans le monde entier. Mais inapte au bonheur.
Coryn, elle, a grandi dans une banlieue sans charme. À dix-sept ans, elle tombe dans les bras de Jack Brannigan, qui fou amoureux l’épouse, mais, jaloux et violent, l’enferme dans une prison dorée, « Parce que tu m’appartiens… »
Comment ces deux êtres que tout semble séparer auraient-ils la moindre chance de s’aimer ? Pourtant, à l’instant précis où les destins s’entremêlent, chacun d’eux sait que sa vie ne sera plus jamais la même.

 

Mon avis

Ma critique du jour sera un petit peu différente de d’habitude. Je ne vais pas énumérer les bons et mauvais trais de cet oeuvre, d’un œil plus ou moins objectif, comme j’ai l’habitude de le faire, pour vous convaincre de vous pencher dessus. Je vais essayer de vous faire vous mettre à ma place, de vous faire vivre ce que j’ai ressenti durant cette lecture et de vous faire expérimenter comment je l’ai vécue.

Kyle est un chanteur talentueux mondialement connu, mais ne s’est jamais remis de la mort de sa mère provoquée par la brute qui lui sert de père. Mais personnage touchant s’il en est, n’est pas l’élément de l’histoire sur lequel nous allons nous attarder ici.

Par contre, Coryn… mes mots ne suffiront pas à vous décrire la détresse de sa vie, l’horreur de son quotidien. La folie de son mari vous glace le cœur; il vous prend l’envie de plonger entre les pages pour lui faire payer ce qu’il fait subir à son épouse.

Depuis sa plus tendre enfance, elle n’a cessé de se faire dicter la tournure de sa vie. Elle arrête ses études à la fin du lycée, se fait embaucher comme serveuse dans un petit restaurant sans ambition dont le gérant est un ami de son père, qui se met en tête de lui trouver un bon mari parmi les clients. Et ce mari, il franchit un jour la porte du restaurant. Vendeur à succès chez un concessionnaire de voitures de luxe, il tombe sous le charme de la beauté de Coryn, et la demande rapidement en mariage. Et ce n’est pas elle qui va accepter. C’est son père. Et que va-t-elle faire ? Rien. Elle n’a pas vraiment d’avis sur le sujet, et se laisse vivre.

Les années passent. Les premiers coups commencent à pleuvoir. Parce que Coryn a adressé la parole à un homme qui l’avait bousculée au milieu d’un parc d’attractions, parce qu’elle lit, parce qu’elle ne regarde pas les chaînes de télévision que Jack approuve. Et à chaque fois, ces coups sont suivis d’excuses, de larmes… « Je suis tellement désolé, ma chérie. Mais, tu m’appartiens. Il faut que tu comprennes. ». S’ensuivent les viols, même quelques jours seulement après avoir accouché. Le sentiment d’appartenance est extrêmement fort et présent dans ce livre. Sculptée par son entourage depuis sa plus tendre enfance tel un morceau d’argile, Coryn n’a pas de personnalité, pas de goûts. C’est un automate sans âme, sans couleurs, elle est dans un stade larvaire où elle est destinée à passer sa vie. Et comment lui en vouloir… Comment le lui reprocher… D’ailleurs je ne pense pas que ce soit là un message volontairement passé par l’auteure, bien qu’il soit une conséquence possible, voire évidente, après une année entière d’emprisonnement psychologique.

Car oui, Coryn est dans une prison. Elle subit un traumatisme quotidien causé par le caractère imprévisible de Jack. Sa vie ne se résume qu’à ça : ne pas décevoir Jack, et s’occuper de ses enfants qu’elle aime tant, sa seule bouée dans cette vie.

Bien, maintenant que je vous ai mis dans l’état d’horreur dans lequel je me trouvais à chaque fois que je lisais un chapitre sur Coryn, je peux vous parler de la suite de l’histoire… et de la colère sans bornes que j’ai éprouvée contre l’auteure et qui m’a fait définitivement refermer le livre. Je ne sais pas comment il se termine, mais je vais vous raconter le passage incriminé, si vous voulez donc vous garder une surprise totale pour votre lecture, je vous déconseille de terminer de lire ma chronique.

Le jour où il apprend la mort de son père en prison, Kyle, toujours furieux contre son géniteur et perturbé, déboîte en plein embouteillages, à San Francisco et renverse le fil aîné de Coryn et Jack. Rien de grave, seulement un bras cassé, mais l’enfant est emmené à l’hôpital, où Coryn et Kyle apprennent doucement à se connaître jusqu’à ce qu’un Jack furieux débarque, et les sépare.

Depuis cet instant, cet instant précis où les destins s’entremêlent, où leurs destins se sont entremêlés, Coryn et Kyle ne seront pas capables de s’oublier, de passer à autre chose, bien qu’ils ne se croiseront pratiquement plus durant le reste du livre… Jusqu’à ce que Jack donne le coup de trop à Coryn. Lui est envoyé en prison, elle et ses enfants dans une maison de soutien aux femmes tenue par la sœur de Kyle… jusqu’au jour du procès de Jack pour ces violences conjugales.

Et là, durant votre lecture, vous vous dites à coups sûr : « Enfin, ce salaud va payer. ». Enfin l’apothéose de l’hymne à l’espoir poussé par Angélique Barbérat va arriver. Et pourtant non, cela ne semble pas être gagné aux yeux de la justice, pourquoi ? Car Coryn s’est défendue, car tandis que Jack la battait à bras raccourcis, l’étranglait pour la tuer et la violait, elle s’est saisi d’un objet, et l’a frappé au crâne, plusieurs fois, pour qu’il la lâche enfin. Et devinez quoi… A cause de cela, malgré des années de maltraitance, il n’est pas certain que Jack reste en prison, que Coryn gagne le procès. Vient alors le moment où elle est interrogée. La cour ne semble pas au courant de toutes les violences subies par Coryn au cour des dernières années, et tandis qu’elle a enfin la parole, l’opportunité de s’exprimer, de dévoiler au monde le monstre qui lui sert de mari, elle se tait. Tandis que l’avocat adverse lui demande : « Où se trouvaient les mains de votre mari lorsque vous l’avez frappé ? », au lieu de répondre « Autour de ma gorge, et il me violait » elle répond : « Je ne sais plus ». 

Colère

J’étais dans mon train à ce moment précis de ma lecture. J’ai tapé le sol des pieds, ai refermé violemment le livre et l’ai jeté dans mon sac à mains. Je sais que beaucoup de femmes battues ont ce réflexe de se taire, de ne rien dire même lorsqu’elles ont l’occasion de mettre fin à leur martyr. Elles ont peur. Encore une fois, comment le leur reprocher… Mais bien que je ne sois pas une grande amatrice d’happy ends, là j’en attendais une. Je voulais entendre cet hymne à l’espoir. Angélique Barbérat dresse un décor emprunt de drame, avec au milieu une étincelle d’espoir, d’amour et de bons sentiments qui laisse présager un avenir heureux pour Coryn, un avenir où elle pourra se construire, diriger sa vie comme elle l’entend enfin.

A savoir, j’ai un sacré (mauvais :D) caractère, et j’ai tendance à l’ouvrir un peu trop souvent. Je déteste les gens, hommes comme femmes, qui se laissent dicter leur comportement par d’autres, qui ne rentrent pas dans le lard de ceux qui les empêchent de vivre comme ils l’entendent, de ceux qui ont un comportement inadmissible et qui laissent couler « par politesse ». Non. Non, non, non, non. Lorsque je lui ai raconté ma lecture, ma mère m’a dit « Il faut que tu grandisses, ce n’est pas toujours tout rose dans les livres. Il n’y pas toujours un prince charmant. ». Non c’est vrai, et j’aime le réalisme et le drame dans mes lectures. Mais ici, ce n’est pas ce que je voulais.

Alors, peut-être qu’ensuite, Coryn se secoue, se réveille, je ne sais pas. Mais à cet instant précis du procès, j’en ai tellement voulu à Angélique Barbérat de ne pas être allée au bout de son hymne à l’espoir. Et si elle le fait par la suite, je regrette la façon dont elle a traité le sujet dans son ensemble. Ayant refermé le livre à 125 pages de la fin, ceux qui ont adoré le livre me diront peut-être que j’ai réagi trop promptement, que j’aurais dû donner sa chance à l’auteure, jusqu’au bout. J’ai le sang trop chaud, et le thème abordé ici me bouscule tellement que je n’ai pas su la jouer sereine.

Mais ce livre n’en reste pas moins une perle. Il n’a pas su répondre à mes attentes, mais ils répondra peut-être aux vôtres. La plume est belle, sincère, l’histoire est touchante, saisissante même. Je vous encourage à tenter l’aventure, à partir à la rencontre de Coryn, et à l’accompagner jusqu’à la dernière page.

Livraddict

Ma note : 15/20

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12 réflexions sur “« L’instant précis où les destins s’entremêlent » de Angélique Barbérat – L’hymne à l’espoir floué

  1. Ta chronique me donne super envie de lire ce roman, même si je sens que je vais être toute retournée par sa lecture… Le passage dont tu parles (j’ai voulu le lire malgré le spoil) ne me choque pas. Malheureusement c’est une triste réalité, aussi horrible soit-elle. C’est peut-être plus réaliste comme ça, justement… Et c’est ce qui m’a donné envie plus envie de le lire ^_^ Heureusement que je l’ai pris à la vente privée Michel Lafon !

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  2. Superbe chronique. Toutefois je ne sais pas si c’est le genre de roman que j’aimerais lire. C’est un sujet sensible, et à part faire des cauchemars, ou comme toi, refermer le livre, je ne sais pas comment je réagirais. Mais si un jour il croise mon chemin et que j’ai le courage d’entrer dans ce genre d’univers, promis, je le lirais 😉

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire ! D’habitude, j’aime le réalisme, je déteste le fleur bleue et le nunuche ou alors à très petites doses. Mais là j’ai trouvé que le décor planté par Angélique Barberat nous mettait dans une disposition d’attente au bonheur, à l’espoir. Donc oui, l’histoire de Coryn m’a fait de la peine… mais si ça se trouve ça se finit bien, donc j’espère que si tu le lis un jour, tu aimeras ta lecture.

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  3. Très belle chronique. C’est vrai que le sujet du livre n’est pas évident à traiter. En tout cas, c’est normal que ce type de sujets déclenche de vives réactions. Perso, j’ai bien aimé ton point de vue sur le livre. Je pense qu’il peut donner envie de le lire mais on sait qu’il faut avoir le cœur bien accroché… On est prévenu!

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  4. Le bonheur peut-être de courte durée mais il vaut la peine d’être vécu. C’est un peu le message… J’ai lu ce livre jusqu’au bout. Il fait partie des livres qui ne finissent pas forcément bien mais qui laissent une trace…

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