« L’étranger » de Albert Camus – Une lecture désagréable est-elle une lecture ratée ?

A la base, je ne comptais pas vraiment faire de chronique sur cette lecture. Pour tout dire, avant samedi après-midi, je ne comptais même pas le lire cette année. Et puis, ma lecture de Stephen King me lassant pas mal sur les cent dernières pages qu’il me reste, j’ai décidé de faire une pause avec ce petit classique. Un must read, c’est ce que j’ai entendu sur tous les blogs et toutes les vidéos Youtube qui en parlaient, à commencer par celle de Miss Book.

J’ai rapidement posté mon ressenti sur ma lecture sur Twitter, mardi matin, et, ô surprise, vous avez été nombreux à réagir. A donner votre propre ressenti, votre analyse. Visiblement, cette lecture vous a intrigués, perturbés, bousculés. Alors pourquoi ne pas en discuter ? 😉

"L'étranger" de Albert Camus« Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s’est ouverte, c’est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j’ai eue lorsque j’ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n’ai pas regardé du côté de Marie. Je n’en ai pas eu le temps parce que le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français… »

 

Mon avis…

…en quelques mots…. est-ce que c’est un must read ? Oui. Overrated ? Oui. Mais c’est mon avis, je n’ai probablement pas été assez sensible au propos tenus.

Par contre, je ne regrette absolument pas ma lecture. Niveau sortie de la zone de confort, on est dans le thème ! La quatrième n’étant pas très parlante, je vous expose les faits rapidement.

Notre protagoniste, Meursault, est un homme dans la fleur de l’âge, mais totalement insensible au monde qui l’entoure. Il vit sa vie avec passivité, n’est animé par rien, n’éprouve rien. Nostalgie, empathie, sympathie, amour, affection, colère… Le monde tel que nous le voyons lui est totalement étranger… Mais en réalité, c’est nous qui le voyons comme étranger.

Les deux points de vue sont très intéressants, mais dans cette oeuvre, nous partageons surtout la vision de Meursault. Et un jour, soit-disant gêné par le soleil, il commet l’irréparable : il tue.

Petit aparté, je trouve que c’est une mauvaise idée de mettre cette oeuvre au programme de français au lycée. Oui pour faire découvrir des classiques mais celui ci reste délicat à imposer à une jeunesse qui lit peu de nos jours, surtout si l’on a pour but de leur faire découvrir la beauté de la littérature. Cela reste une lecture relativement difficile, selon moi, et la sensibilisation du lecteur n’est pas forcément au rendez-vous ! 🙂 Je pense pour ma part que si l’on m’avait forcée à lire « L’étranger » étant adolescente, j’aurais vraiment eu du mal à rester ouvertes aux classiques et à la littérature française dite « culte ». 

Durant les 184 pages qui le composent, j’ai eu un profond sentiment de malaise. J’ai eu une vraie aversion pour ce personnage, pour tout ce qu’il représente, tout ce qui orbite autour de sa vie, de ce qu’il est. Ma lecture fut dérangeante au possible, et donc désagréable.

Mais est-elle ratée pour autant ? Non. Tout comme le dit Karim Debbache dans son excellente chronique cinématographique Chroma (que je vous recommande chaudement), ce n’est pas parce qu’un film est désagréable à regarder qu’il est raté. Et évidemment, vous pouvez transposer cela dans le domaine de la littérature ! La réussite d’un film ou d’un livre est principalement définie par le résultat attendu par son créateur. Si une oeuvre ressemble à ce que le réalisateur ou l’écrivain voulait faire au départ, elle est réussie, indépendamment de la réaction de celles et ceux qui en profiteront. Elle est avant tout la propriété de son créateur. Après tout, nous créons avant tout pour nous, non ? 🙂

« L’étranger ». Le titre parle de lui-même. Ce sentiment de malaise face à un étranger qui ne vous inspire pas confiance, qui ne vous est pas sympathique… Il est présent tout le long. Et j’ai réellement eu l’impression que c’était le sentiment qu’Albert Camus voulait faire transparaître à travers ses mots. Donc pour moi, cette oeuvre est plus que réussie. Le manque d’humanité de Meursault est une vraie claque, et comme le dit le juge avant son procès… On dirait qu’il lui manque une âme, le premier ingrédient qui fait de nous des humains si surprenants, créatifs, sensibles…

Mais là encore, mon avis est en demie teinte. Sur le blog d’Amethyst dont j’ai trouvé la chronique grâce à Livraddict, j’ai trouvé une conclusion qui résume tout à fait l’autre facette de ma lecture.

Beaucoup ont grandement aimé, certains disent avoir été bouleversé ! Parfois, je me demande si certains se sentent obligé d’aimer lorsqu’il s’agit d’un classique. Personnellement, j’ai trouvé que ce livre n’avait rien de particulier. Ou alors c’est moi qui suis passée à côté. Il n’a pas du tout ému, je n’ai rien ressenti en le lisant, seulement l’ennui et l’envie d’en finir. Je trouve que d’autres auteurs parlent beaucoup mieux de l’absurdité de la vie et ce sans nous ennuyer.

Oui j’ai été pressée de le terminer, car oui, ma lecture était désagréable. Non je ne comprends pas pourquoi ce livre est considéré comme un chef d’oeuvre, bien que réussi, je pense moi aussi être passée à côté. Et pourtant, je lui ai laissé une excellente note sur Livraddict.

Comme quoi ce livre développe votre schizophrénie… Je ne peux que vous conseiller de vous essayer à cette lecture, je pense que c’est un excellent exercice pour développer votre esprit critique.

Et vous, comment l’avez-vous vécue, cette lecture ? 🙂

Livraddict

Ma note : 17/20

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13 réflexions sur “« L’étranger » de Albert Camus – Une lecture désagréable est-elle une lecture ratée ?

  1. Je suis pas bien d’accord sur ton point sur cette lecture au lycée : il était au programme de mon bac, je l’ai lu pour le lycée et contrairement à toi, il m’a beaucoup plu (et non je ne suis pas férue de litté ou de classiques). J’ai des souvenirs de passages forts même si l’intégralité de l’histoire ne m’est pas restée, ça m’avait donné envie de lire d’autres livres de l’auteur. Par contre, Kara (on était dans la même classe), comme toi, est passée à côté et a pas du tout aimé (bon elle est tombée dessus au bac et s’en est quand même sortie avec brio hihi). Enfin, c’est une œuvre qui illustre bien la dualité des sentiments que les livres peuvent inspirer ^.^
    Kin

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  2. Lu il y a quelques semaines, parce que tout le monde m’en parlait et qu’il patientait depuis un moment dans ma PAL. Même ressenti que toi : mal à l’aise, ennuyeux presque, une écriture lourde et des formulations alambiquées qui iraient presque à l’encontre de la simplicité de Meursault. Pas une bonne lecture du tout ! Néanmoins, je rentre en terminale en septembre, et beaucoup de mes camarades de première ont été obligés de le lire l’année dernière : ils ont adoré ! Je leur demanderai pourquoi à l’occasion.

    Aimé par 1 personne

  3. Lecture imposée, je n’ai pas du tout accroché au roman. Plus que le malaise, c’est le style de l’auteur qui m’a rebutée. Il convenait certainement au récit, mais pas à mes goûts littéraires… Il faudrait que je relise le roman en tant qu’adulte pour voir si j’arrive à passer outre la forme pour me concentrer sur le fond.

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  4. Ce livre m’est complètement inconnu. Mais après avoir été le voir d’un peu plus près, il ne m’attire pas des masses. Peut être que ce n’est pas trop mon style de roman non plus.
    Si un jour je suis à jour dans mes lectures, je le lirai pour m’en forger un avis.

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  5. Je suis globalement du même avis, tant sur le lycée que sur le ressenti général à la lecture.
    Pour moi il n’y a qu’une seule façon de bien comprendre cette œuvre et c’est toujours la même avec Camus, la ressentir avec ses tripes.
    Quand on n’est pas un homme absurde, on reste insensible voilà tout. C’était mon cas à la lecture de L’étranger (lu il y a une petite année, par envie).

    Lire L’étranger au lycée m’a toujours paru trop difficile d’accès mais c’est aussi en même temps l’âge où l’on peut commencer à ressentir le plus cet absurdité de la vie, le manque de sens du monde, etc…tout comme l’adolescence est l’âge Nietzschéen, mais on ne peut évidemment pas seulement réduire ces auteurs à cet âge.

    Quoi qu’il en soit il ne faut pas que cette lecture soit une porte de sortie dans l’œuvre Camusienne, lisez Noces, L’été, La Chute, etc…Autant de styles pour des propos proches.

    Aimé par 1 personne

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